A l’approche du
congrès, un certain nombre de camarades appellent dans une proposition de base
commune alternative à une « ambition communiste » pour un « Front de gauche populaire et citoyen ». Une
fois de plus, les divergences revendiquées sont centrées sur les questions
stratégiques.
Les auteurs commencent par reprendre la question des
« adhésions directes au Front de gauche ». Une revendication qui ne
se fonde sur aucune demande réelle : les camarades qui ont verbalisé leur souhait
d’adhérer directement et en tant que tel au Front de gauche n’ont jamais été nombreux. L’éternel
retour de cet élément de langage depuis 2012 fait craindre un faible
renouvellement des propositions du côté des partisans d’un « dépassement
des cartels d’organisations ». Car l’essentiel du propos de ce texte
alternatif tient en fait à ces sujets fétiches de certains cercles de la
« gauche radicale » : le PS et Jean-Luc Mélenchon. La stratégie
du PCF devrait ainsi essentiellement consister à se positionner par rapport à
ces deux pôles, grosso modo en bannissant le premier pour se rapprocher du
deuxième.
La question des
primaires
Le texte s’en prend longuement au processus des primaires.
C’est pour rouvrir la possibilité d’une deuxième candidature Mélenchon dans le
cadre d’un Front de gauche maintenu (mais de plus en plus « large », « ouvert »,
rassembleur, etc.). Il argue pour ce faire que ce processus nous conduirait à
un « ralliement à une candidature
commune avec le Parti socialiste ». Les auteurs n’omettent pas de
préciser que Jean-Luc Mélenchon, lui, est « crédité de 10% des intentions de vote dans les sondages ». On
sait pourtant l’absence totale de signification des enquêtes d’opinion à un an
et demi de l’échéance – faut-il rappeler qu’Eva Joly était donnée à 7%
d’intentions de vote à un an et demi de 2012 ? Quant à prétendre que les
primaires seraient un outil destiné à nous ranger derrière un candidat PS, brandir
cet épouvantail paraît peu constructif : non, la direction du PCF n’a pas
pour intention d’apporter le concours des réseaux militants du PCF à un
Hollande, à un Valls ou à un Macron pour 2017.
Cette primaire, nous dit-on, « nous associerait une fois de plus au PS, ce qui nous entraînerait dans
sa chute annoncée ». Le problème, c’est que les résultats électoraux
invalident cette thèse : au contraire, à l’occasion des dernières régionales,
loin d’une demande de rupture tous azimuts, on a constaté un mouvement de
reflux d’électeurs du Front de gauche de 2012 vers le PS et EELV.
Rompre avec l’union
de la gauche
« Il est vain de
s’accrocher à la vieille union de la gauche », écrivent les
signataires. Syriza et Podemos auraient d’ailleurs remporté leurs victoires en
rompant avec « la vieille
social-démocratie ». C’est méconnaître que Syriza s’est précisément
construite en tendant toujours la main au PASOK, au grand dam des tendances
« de gauche » qui accusaient Alexis Tsipras, à la manœuvre, de « dérive
droitière ». Quant à Podemos, ils viennent de proposer au PSOE – qui a
obtenu un meilleur score qu’eux – un contrat de gouvernement (dans lequel ils
seraient donc un partenaire minoritaire, comme le PCF dans la gauche plurielle
de 1997) et leur programme est lui-même ouvertement social-démocrate. Soulignons
enfin le cas du Portugal, où les partis de la gauche radicale, PCP et BE,
soutiennent aujourd’hui un gouvernement PS qui arrache d’importantes avancées
pour les travailleurs portugais, au rebours complet de la stratégie prônée par
les signataires.
« La vieille
union de la gauche » à laquelle « il est vain de s’accrocher », c’est elle qui fait recette dans
les urnes aujourd’hui partout en Europe. C’est elle qui permet au PCF de
piloter le Val-de-Marne, pour le bénéfice de ses populations. C’est elle qui
permet d’avancer vers 30% de logements sociaux à horizon 2030 à Paris. C’est
elle qui assure l’élection de nos parlementaires au deuxième tour grâce à
d’excellents reports de voix dans les deux sens : oui les électeurs PS
acceptent de voter PCF au second tour dans les – trop rares – scrutins où c’est
la situation ; oui les électeurs Front de Gauche acceptent de voter PS au
deuxième tour partout ailleurs. L’union de la gauche est une réalité électorale
« de base ».
L’inévitable
Mélenchon
Vient ensuite ce qui peut apparaître comme la véritable
raison d’être de ce texte alternatif : la question Mélenchon. On devine
que le paragraphe qui suit a été pesé et muri : « JeanLuc Mélenchon a proposé unilatéralement
sa candidature, ce qui va à l’encontre de la démarche collective qui est la
raison d’être du Front de gauche. Il est extrêmement dommageable qu’on en soit
arrivé là. » Ce n’est donc pas Mélenchon qui nous a conduit là, c’est « on ». Poursuivons : « Comme l’est aussi le fait que nous n’ayons jamais examiné ni
débattu de cette éventualité tout à fait prévisible depuis des années, et que
nous n’ayons pas élaboré une stratégie qui en tienne compte et permette de
poursuivre la démarche collective qui a montré son efficacité. » On lit
bien : il aurait donc fallu que le PCF sache anticiper la deuxième
candidature de Mélenchon (lequel l’a pourtant niée jusqu’à récemment) afin
« d’en tenir compte ». Peu importe que les auteurs expriment quelques
lignes plus bas la nécessité de rompre avec les désignations d’appareil qui ont
lieu en dehors des militants et des citoyens : « Nous ne réussirons à créer une dynamique de front populaire que si
celles et ceux que nous voulons rassembler éprouvent concrètement que, cette
foisci, ils et elles ne sont pas les soldats d’une démarche sous contrôle
d’étatsmajors lointains, mais qu’elles et ils peuvent la maîtriser de bout en
bout : en décidant des formes d’organisation, des actions et, lors des
élections, des projets et des candidatures. » En somme, il faut
décider des candidatures de bout en bout par en bas, mais savoir l’anticiper,
dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, et bien qu’elle se fasse en dehors de toute
consultation démocratique, car elle était après tout « prévisible ».
« Le processus que
nous proposons renoue avec
l’esprit initial qui fut celui du Front de gauche : rassembler pour une
alternative sans concession aux politiques libérales et contester l’hégémonie à
gauche du PS. Elle [sic] devrait donc
permettre à JeanLuc Mélenchon de s’inscrire dans ce processus qui garantit que
ce seront les citoyennes et les citoyens les plus attachés à « l’Humain d’abord
» qui auront le dernier mot sur le projet et la candidature à la présidentielle ».
Voilà donc le fin mot de l’affaire : permettre à Jean-Luc Mélenchon de se
réinscrire dans une démarche collective de type « Front de gauche »
(mais désormais « populaire et citoyen »), sans doute afin que le PCF
profite de ses « 10% d’intentions de
vote dans les sondages ». Tout le problème est que ledit Jean-Luc ne
demande rien de tel et manifeste au contraire tous les jours sa volonté de
passer par pertes et profits son ancienne alliance avec les communistes. Dans
une alliance, on est deux : on ne reconstituera pas le Front de gauche si les
communistes sont les seuls à vouloir le faire. Autant dire que « l’ambition
communiste » qui nous est proposée ici se révèle chiche en perspectives véritables
pour le PCF.
