dimanche 20 mars 2016

Une « ambition » en forme d’impasse

Sur la base commune alternative proposée par le courant « refondateur » du PCF

A l’approche du congrès, un certain nombre de camarades appellent dans une proposition de base commune alternative à une « ambition communiste » pour un « Front de gauche populaire et citoyen ». Une fois de plus, les divergences revendiquées sont centrées sur les questions stratégiques.

Les auteurs commencent par reprendre la question des « adhésions directes au Front de gauche ». Une revendication qui ne se fonde sur aucune demande réelle : les camarades qui ont verbalisé leur souhait d’adhérer directement et en tant que tel au Front de gauche n’ont jamais été nombreux. L’éternel retour de cet élément de langage depuis 2012 fait craindre un faible renouvellement des propositions du côté des partisans d’un « dépassement des cartels d’organisations ». Car l’essentiel du propos de ce texte alternatif tient en fait à ces sujets fétiches de certains cercles de la « gauche radicale » : le PS et Jean-Luc Mélenchon. La stratégie du PCF devrait ainsi essentiellement consister à se positionner par rapport à ces deux pôles, grosso modo en bannissant le premier pour se rapprocher du deuxième.

La question des primaires

Le texte s’en prend longuement au processus des primaires. C’est pour rouvrir la possibilité d’une deuxième candidature Mélenchon dans le cadre d’un Front de gauche maintenu (mais de plus en plus « large », « ouvert », rassembleur, etc.). Il argue pour ce faire que ce processus nous conduirait à un « ralliement à une candidature commune avec le Parti socialiste ». Les auteurs n’omettent pas de préciser que Jean-Luc Mélenchon, lui, est « crédité de 10% des intentions de vote dans les sondages ». On sait pourtant l’absence totale de signification des enquêtes d’opinion à un an et demi de l’échéance – faut-il rappeler qu’Eva Joly était donnée à 7% d’intentions de vote à un an et demi de 2012 ? Quant à prétendre que les primaires seraient un outil destiné à nous ranger derrière un candidat PS, brandir cet épouvantail paraît peu constructif : non, la direction du PCF n’a pas pour intention d’apporter le concours des réseaux militants du PCF à un Hollande, à un Valls ou à un Macron pour 2017.

Cette primaire, nous dit-on, « nous associerait une fois de plus au PS, ce qui nous entraînerait dans sa chute annoncée ». Le problème, c’est que les résultats électoraux invalident cette thèse : au contraire, à l’occasion des dernières régionales, loin d’une demande de rupture tous azimuts, on a constaté un mouvement de reflux d’électeurs du Front de gauche de 2012 vers le PS et EELV.

Rompre avec l’union de la gauche

« Il est vain de s’accrocher à la vieille union de la gauche », écrivent les signataires. Syriza et Podemos auraient d’ailleurs remporté leurs victoires en rompant avec « la vieille social-démocratie ». C’est méconnaître que Syriza s’est précisément construite en tendant toujours la main au PASOK, au grand dam des tendances « de gauche » qui accusaient Alexis Tsipras, à la manœuvre, de « dérive droitière ». Quant à Podemos, ils viennent de proposer au PSOE – qui a obtenu un meilleur score qu’eux – un contrat de gouvernement (dans lequel ils seraient donc un partenaire minoritaire, comme le PCF dans la gauche plurielle de 1997) et leur programme est lui-même ouvertement social-démocrate. Soulignons enfin le cas du Portugal, où les partis de la gauche radicale, PCP et BE, soutiennent aujourd’hui un gouvernement PS qui arrache d’importantes avancées pour les travailleurs portugais, au rebours complet de la stratégie prônée par les signataires.

« La vieille union de la gauche » à laquelle « il est vain de s’accrocher », c’est elle qui fait recette dans les urnes aujourd’hui partout en Europe. C’est elle qui permet au PCF de piloter le Val-de-Marne, pour le bénéfice de ses populations. C’est elle qui permet d’avancer vers 30% de logements sociaux à horizon 2030 à Paris. C’est elle qui assure l’élection de nos parlementaires au deuxième tour grâce à d’excellents reports de voix dans les deux sens : oui les électeurs PS acceptent de voter PCF au second tour dans les – trop rares – scrutins où c’est la situation ; oui les électeurs Front de Gauche acceptent de voter PS au deuxième tour partout ailleurs. L’union de la gauche est une réalité électorale « de base ».

L’inévitable Mélenchon

Vient ensuite ce qui peut apparaître comme la véritable raison d’être de ce texte alternatif : la question Mélenchon. On devine que le paragraphe qui suit a été pesé et muri : « Jean­Luc Mélenchon a proposé unilatéralement sa candidature, ce qui va à l’encontre de la démarche collective qui est la raison d’être du Front de gauche. Il est extrêmement dommageable qu’on en soit arrivé là. » Ce n’est donc pas Mélenchon qui nous a conduit là, c’est « on ». Poursuivons : « Comme l’est aussi le fait que nous n’ayons jamais examiné ni débattu de cette éventualité tout à fait prévisible depuis des années, et que nous n’ayons pas élaboré une stratégie qui en tienne compte et permette de poursuivre la démarche collective qui a montré son efficacité. » On lit bien : il aurait donc fallu que le PCF sache anticiper la deuxième candidature de Mélenchon (lequel l’a pourtant niée jusqu’à récemment) afin « d’en tenir compte ». Peu importe que les auteurs expriment quelques lignes plus bas la nécessité de rompre avec les désignations d’appareil qui ont lieu en dehors des militants et des citoyens : « Nous ne réussirons à créer une dynamique de front populaire que si celles et ceux que nous voulons rassembler éprouvent concrètement que, cette fois­ci, ils et elles ne sont pas les soldats d’une démarche sous contrôle d’états­majors lointains, mais qu’elles et ils peuvent la maîtriser de bout en bout : en décidant des formes d’organisation, des actions et, lors des élections, des projets et des candidatures. » En somme, il faut décider des candidatures de bout en bout par en bas, mais savoir l’anticiper, dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, et bien qu’elle se fasse en dehors de toute consultation démocratique, car elle était après tout « prévisible ».


« Le processus que nous proposons renoue avec l’esprit initial qui fut celui du Front de gauche : rassembler pour une alternative sans concession aux politiques libérales et contester l’hégémonie à gauche du PS. Elle [sic] devrait donc permettre à Jean­Luc Mélenchon de s’inscrire dans ce processus qui garantit que ce seront les citoyennes et les citoyens les plus attachés à « l’Humain d’abord » qui auront le dernier mot sur le projet et la candidature à la présidentielle ». Voilà donc le fin mot de l’affaire : permettre à Jean-Luc Mélenchon de se réinscrire dans une démarche collective de type « Front de gauche » (mais désormais « populaire et citoyen »), sans doute afin que le PCF profite de ses « 10% d’intentions de vote dans les sondages ». Tout le problème est que ledit Jean-Luc ne demande rien de tel et manifeste au contraire tous les jours sa volonté de passer par pertes et profits son ancienne alliance avec les communistes. Dans une alliance, on est deux : on ne reconstituera pas le Front de gauche si les communistes sont les seuls à vouloir le faire. Autant dire que « l’ambition communiste » qui nous est proposée ici se révèle chiche en perspectives véritables pour le PCF.

1 commentaire:

  1. Qui est l'auteur de cette analyse ? Ce serait mieux qu'on se parle à visage découvert, non.

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